De pluie et de boue

De pluie et de boue (pour celleux qui rampent encore, et sèment sans bruit), 2025
Texte imprimé en 40 exemplaires sur risographie.

De pluie et de boue (pour celleux qui rampent encore, et sèment sans bruit)

De pluie, de feuillages et d’os
Elles poussent de travers, comme les racines, des rêves pleins de boue
Elles n’ont pas été faites pour les lignes droites.
Elles veulent la lenteur, le trouble, les silences qu’on ne comprend pas encore.
marcher pieds nus dans l’humus, aimer sans fonction,
pleurer sans honte, disparaître parfois sans devoir s’excuser.

Elles se replient dans la forêt et écoutent le bruissement du vent (qui se tait)
Elles parlent en escargot, pensent en mousse,
s’effondrent en roches tendres.
Et quand elles se relèvent, ce n’est pas pour suivre le chemin tracé.
C’est pour glisser des graines dans les fissures, celles qui germent sous la sève

Retour à la source
Retour à la tourbe. À la pierre poreuse et à l’anthracite trop carboné. 
Elles choisissent l’orage doux, le murmure.
Le tuf mouillé qu’on gratte à l’ongle. 
Et puis — rien ne subsiste mais y’a les fleurs et de la bave d’escargot sur les mousses du monde.
Elles font ce qu’elles peuvent on saupoudre d’illusion,
et elles pansent avec l’herbe fraîche et les silences.

Alors elles se cachent. prennent la tangente, se replient dans leurs cabanes sans toit, pleines de feu.
L’eau s’écoule et le calcaire s’effrite, la roche restée en équilibre 
Ce que l’on ne voit pas porte déjà les spores du printemps.
Et le monde finit toujours par germer dans leurs creux.